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	<title>Expérience</title>
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		<title>Gérer l&#8217;inattendu</title>
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		<pubDate>Wed, 08 Jul 2009 22:09:55 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Aurélien Thieriot</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Old people Originally uploaded by bartb_pt Lorsqu&#8217;elle était petite, Perrine avait une bande de copains qu&#8217;elle ne quittait pratiquement jamais. Sans avoir fait les quatre cents coups avec eux (c&#8217;était une période où elle était encore très sage), elle se remémorait souvent quelques anecdotes d&#8217;enfants qui valaient leur pesant de cacahuètes. Ce jour-là, curieusement, alors [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div style="float: right; margin-left: 10px; margin-bottom: 10px;">
<p><a title="photo sharing" href="http://www.flickr.com/photos/bartb_pt/469770803/"><img style="border: solid 2px #000000;" src="http://farm1.static.flickr.com/168/469770803_4b2e3488f7_m.jpg" alt="" /></a></p>
<p><a title="photo sharing" href="http://www.flickr.com/photos/bartb_pt/469770803/"></a><span style="font-size: 12px;"><a href="http://www.flickr.com/photos/bartb_pt/469770803/">Old people</a></span></p>
<p>Originally uploaded by <a href="http://www.flickr.com/people/bartb_pt/">bartb_pt</a></div>
<p style="text-align: justify; ">Lorsqu&#8217;elle était petite, Perrine avait une bande de copains qu&#8217;elle ne quittait pratiquement jamais. Sans avoir fait les quatre cents coups avec eux (c&#8217;était une période où elle était encore très sage), elle se remémorait souvent quelques anecdotes d&#8217;enfants qui valaient leur pesant de cacahuètes. Ce jour-là, curieusement, alors qu&#8217;elle conduisait son scooter vers la piscine municipale, l&#8217;une d&#8217;elle lui revint à l&#8217;esprit. C&#8217;était lorsqu&#8217;elle était en primaire, en CM2 ou peut être en CM1. Elle avait en tout cas la sensation d&#8217;être passée &laquo;&nbsp;chez les grands&nbsp;&raquo; comme on disait à l&#8217;époque. L&#8217;étape de la vie où l&#8217;on cesse d&#8217;être un microbe pour devenir un &#8230; autre microbe, mais plus gros. Si ça peut prêter à sourire comme ça, rétrospectivement, quand on y pense sérieusement, toutes les étapes de la vie sont pareilles : En vouloir toujours plus et s&#8217;auto-satisfaire de la moindre miette. Mais au moins, quand on est gosse, l&#8217;innocence permet de passer à côté de l&#8217;ironie de la situation (Loisir que l&#8217;on n&#8217;a plus une fois la trentaine passée). A côté de la cour de récréation, il y avait une espèce de gros talus ; l&#8217;école devait probablement avoir été construite sur une colline. Cet escarpement terreux, bien qu&#8217;inesthétique (il refusait continuellement de se laisser fleurir) était une bénédiction pour tout gamin qui se respectait. Il y avait tout le nécessaire : des arbres pour discuter, des cachettes pour se cacher, des cailloux pour se faire mal, de la terre pour se salir. Perrine imaginait des dizaines de générations de mioches en train de dévaler la pente en hiver sur des sacs poubelles, des centaines d&#8217;autres en train de se raconter d&#8217;inavouables secrets à l&#8217;ombre des grosses branches au printemps, sans oublier les milliers d&#8217;idées qui étaient nées dans autant de cerveaux et qui n&#8217;avaient pas eu le temps d&#8217;être mises à exécution. Si le destin de ce truc avait été de se nourrir de sourires, de pleurs et d&#8217;aventures, il avait obligatoirement eu sa place au paradis des talus.</p>
<p style="text-align: justify; ">Dans la ville où avait vécu Perrine, il pleuvait environ un quart de l&#8217;année. La malchance aurait pu s&#8217;arrêter là si cela avait été littéralement &laquo;&nbsp;un quart&nbsp;&raquo;, à savoir trois mois, et disons en automne pourquoi pas. Mais non. Un quart, pour les habitants de cette ancienne bourgade de l&#8217;est de la France, signifiait un jour sur quatre (toute l&#8217;année durant). Ces jours-là étaient d&#8217;une tristesse désolante à l&#8217;école primaire. Pendant la récrée, les élèves devaient tous s&#8217;entasser sous le préau, adaptant les règles des billes aux conditions météorologiques, inventant de nouvelles chansons ou, le cas échéant, s&#8217;ennuyant. Le tout avec autant de patience qu&#8217;un chat devant un chien cela va de soi. C&#8217;était pourtant durant ces quelques jours moroses que la petite Perrine et ses amis entraient en jeux. Ils formaient un groupe plutôt effacé habituellement mais par temps de pluie, ils étaient les rois du monde. Perrine se rappelait très bien la sensation qui se diffusait dans ses doigts quand ils se préparaient ; faisant fi du danger, oubliant pendant un instant les avertissement des instituteurs et les représailles de leurs parents, une lueur de rébellion se mettait à briller dans leurs yeux. Ils se mettaient tous en cercle, finissaient de fermer leurs anoraks rouges puis, équipés de quelques sacs de courses courageusement volés sous l&#8217;évier de leur cuisine, ils filaient sous l&#8217;averse en direction du talus.</p>
<p style="text-align: justify; ">C&#8217;était parfaitement idiot bien sûr. Perrine était d&#8217;ailleurs persuadée que ces longues heures passées à prendre l&#8217;eau, ainsi que toutes les autres à travailler avec les cheveux trempés jusqu&#8217;à la fibre avaient participé à lui rendre la santé un peu fragile. Mais à l&#8217;époque elle se fichait pas mal des conséquences (avec raison d&#8217;ailleurs). Seule comptait l&#8217;adrénaline pure injectée à la vitesse de l&#8217;éclair dans ses veines et les théories délicieusement simplettes qu&#8217;ils inventaient avec ses amis. Leur but? Construire un réseau complexe et, si possible, impressionnant de petites rigoles de pluie avec de la glaise, du plastique, de la chance et pourquoi pas d&#8217;interventions divines savamment exploitées sur la surface scarifiée du talus. La tâche était pour le moins ardue, chaotique, voire impossible, mais Perrine était prête lancer un duel à quiconque n&#8217;avait jamais tenté de faire écrire son nom à des fourmis dans ce fameux &laquo;&nbsp;kit&nbsp;&raquo; pour enfant qui consistait à créer sa propre colonie entre deux lames de Plexiglas (ou dans la neige, mais c&#8217;est une autre histoire).</p>
<p style="text-align: justify; ">Sur son scooter, à cinquante kilomètres heure environ, Perrine se demandait ce qui avait bien pu lui rappeler ce souvenir précis. Ces derniers mois n&#8217;avaient pas été simples mais pas de quoi devenir mélancolique. Alors elle laissa vagabonder ses pensées au grès des cahots de l&#8217;asphalte et quelques minutes de ce traitement suffirent à faire apparaître la réponse, même si celle-ci se présenta d&#8217;une manière plutôt inattendue. Sous une forme parfaitement inamicale en fait. A quelques dizaines de mètres devant la jeune fille, sur la route, se tenait une vieille dame, les pieds bien encrés dans ses chaussons et agitant sauvagement une étoile du matin avec l&#8217;air de vouloir en découdre. Perrine grimpa sur le trottoir avec son véhicule pour tenter d&#8217;éviter le danger mais la mamie ne se laissa pas faire et lui balança son fauteuil roulant d&#8217;un coup de claquette rageur, ratant sa cible de peu. Le problème était là aujourd&#8217;hui. La France avait dit adieu au travail de groupe, à l&#8217;exaltation ressentie dans une foule guidée par un but commun (la plupart du temps, bienveillant) pour laisser place au chacun pour soi et au règne de la loi du plus fort dans sa version la plus extrême. Quoique, parler de France entière était peut-être un peu fort, pensa Perrine alors qu&#8217;elle s&#8217;était arrêtée sur le bas côté pour observer la septuagénaire sauvage poursuivre un adolescent sans défense dans le but évident de lui voler son sac. Il aurait été plus juste de parler des nouvelles banlieues. Ces quartiers autrefois huppés s&#8217;étaient transformés en véritables poudrières où il ne faisait bon se promener ni le jour, ni la nuit.</p>
<p style="text-align: justify; ">La métamorphose, aussi brutale qu&#8217;inattendue, s&#8217;était produite très peu de temps après la chute de la dernière république et l&#8217;instauration de la Loi sur les Duels et les Armes Blanches. Tous les Lords, les riches, les vieillards et les aristocrates de Neuilly et du 17ème arrondissement de Paris étaient devenus fous. Des familles entières avaient envoyé à la poubelle plusieurs siècles d&#8217;éducation stricte pour embrasser la voix sanglante des sales manières. Les plus grands analystes sociaux s&#8217;étaient interrogés sur les raisons exactes de ce soulèvement. Certains pensaient qu&#8217;il s&#8217;agissait simplement d&#8217;un virage mal négocié concernant le changement de gouvernement et que, dans le but de rester proche des dirigeants en place et de glaner des privilèges (à l&#8217;image de l&#8217;ancien système), ils auraient voulus se mettre à l&#8217;anarchie mais sans en comprendre totalement la vraie nature, causant ainsi les dégâts que l&#8217;on connaissait. L&#8217;hypothèse de la psychose générale avait également été envisagée mais sans grand succès. Cependant, avec le temps, les esprits les plus éclairés (par les bougies des bistrots) avaient fini par se mettre d&#8217;accord sur le fait que cette racaille n&#8217;attendait que le bon moment pour se défouler, et que le putsch des trois géants anarchistes n&#8217;avait été qu&#8217;un déclencheur ou un catalyseur à leur plan pas gentil du tout. Six ans plus tard, Perrine fêtait ses vingt cinq ans et la situation n&#8217;avait nullement changé ; les duels étaient devenus monnaie courante dans les files de supermarchés, le cannibalisme n&#8217;était pas rare dans les écoles et la piscine municipale, où elle travaillait comme caissière, était un des lieux les plus dangereux de ce côté de la région parisienne.</p>
<p style="text-align: justify; ">Toutefois, dangereux ne voulait pas dire dénué d&#8217;intérêt. Perrine avouait volontiers que sa vie était mille fois plus fun que ce qu&#8217;elle était avant la LDAB. Premièrement, il y avait un potentiel d&#8217;observation et d&#8217;étude extraordinaire, le comportement des gens avait complètement changé. Une situation qui aurait été atypique ne l&#8217;était plus maintenant. Les gentlemen cambriolaient, les vieilles dames chipaient des sucettes et les costards-cravates poursuivaient leurs clients, non plus à coups de procès mais armés de points américains. Ensuite (et cela n&#8217;avait rien à voir avec le fait que l&#8217;anarchie était entrée en vigueur pendant sa crise d&#8217;adolescence), Perrine prenait du plaisir à défier. Elle était fière de vivre à une époque où le peuple, les gens, les pékins avaient le droit et le pouvoir de se défendre contre toute menace extérieure. D&#8217;une part, les frustrations révolutionnaires étaient assouvies (les divorces et les crimes passionnels avaient diminué de moitié), mais plus important, pour donner un exemple frappant, le concept de viol avait pratiquement disparu du dictionnaire Français. Et il y avait fort à parier que le String Suisse Titanium 400, un sous vêtement spécial équipé d&#8217;une lame en titane (ainsi que d&#8217;un ouvre-bouteille, d&#8217;un briquet et d&#8217;un allume-cigare) habilement cachée, n&#8217;était pas étranger dans cette affaire.</p>
<p style="text-align: justify; ">Un an que Perrine avait pris son poste ici, et pourtant elle continuait de sourire au spectacle qui débutait dès neuf heures, tous les samedis lorsque Bobby passait les portes automatiques. L&#8217;indien au fort accent marseillais s&#8217;asseyait sur le banc de l&#8217;accueil et sortait son petit carnet miteux où il enregistrait tous les paris de la matinée. Il était suivi de près par Monsieur Laurence, Jérémie, Monsieur Drouette et Mama Joe (une semaine sur deux lorsqu&#8217;elle ne gardait pas ses petits-enfants), venant dépenser leur RMI dans des pronostics plus que douteux. La scène mi-comique, mi-dramatique entre les familles De Sarratine et De Querrac pour déterminer l&#8217;ordre d&#8217;entrée de celles-ci dans le bassin avait lieu exactement à 9h28. Heureusement pour tout le monde, les familles n&#8217;étaient composées que de deux membres, un couple de quinquagénaires ; cela rendait le combat légèrement moins gore. Tous les samedis, donc, ils prenaient la caissière comme témoin, lui demandaient des précisions sur la façon de remplir les formulaires et se lançaient leur duel en se jetant de vieux gants à la figure. Ils choisissaient ensuite leurs armes favorites. Parfois, on avait droit à des parties de rapières mémorables, et à d&#8217;autres moments à de simples mouvements chaotiques sans intérêt à la hache. Ces  derniers cas étaient ceux qui causaient le plus de gâchis. Il en fallait toujours un pour recevoir un mauvais coup. Une fois, Monsieur De Sarratine avait perdu une oreille en tombant sur le bord de la machine à café après avoir trébuché sur sa femme. Mais ce n&#8217;était pas toujours aussi ridicule, Perrine avait en tête une journée particulièrement réussie au cours de laquelle les quatre larrons avaient réalisé une formidable chorégraphie de capoera (assurément travaillée depuis plusieurs mois) et où personne n&#8217;avait été blessé.</p>
<p style="text-align: justify; ">Finalement, malgré toutes les atrocités commises lors des duels partout en France, les deux couples du samedi, bien que venant de la population la plus dangereuse, s&#8217;évertuaient à ne pas s&#8217;entre-tuer. L&#8217;espoir n&#8217;était peut-être pas très loin. Perrine déposa son scooter sur le trottoir, l&#8217;accrocha solidement à la chaîne, et débloqua le portail de la piscine pour ne plus jamais repenser au talus de son enfance.</p>
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		<title>Nouvelle tendance</title>
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		<pubDate>Mon, 15 Jun 2009 13:18:32 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Aurélien Thieriot</dc:creator>
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		<description><![CDATA[A Day In the Life&#8230;of a Blacksmith Originally uploaded by Christen McMakin Photography Dans les pubs, à Paris (et peut-être même ailleurs), en règle générale, il ne se passe que des choses parfaitement banales. Des gens qui boivent, qu&#8217;ils soient jeunes (mais pas mineurs, eux préfèrent sévir dans les supérettes), vieux, moches, pressés, tout le [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div style="float: right; margin-left: 10px; margin-bottom: 10px; text-align: justify;"><a title="photo sharing" href="http://www.flickr.com/photos/christenmcmakinphotography/3122933243/"><img class="alignright" style="border: solid 2px #000000;" src="http://farm4.static.flickr.com/3247/3122933243_54c1e85423_m.jpg" alt="" width="160" height="240" /></a></p>
<p><span style="font-size: 12px;"><a href="http://www.flickr.com/photos/christenmcmakinphotography/3122933243/">A Day In the Life&#8230;of a Blacksmith</a></span></p>
<p><span style="font-size: 12px;"><a href="http://www.flickr.com/photos/christenmcmakinphotography/3122933243/"></a><span style="font-size: 13px;">Originally uploaded by</span></span></p>
<p><span style="font-size: 12px;"><span style="font-size: 13px;"><a href="http://www.flickr.com/people/christenmcmakinphotography/">Christen McMakin Photography</a></span></span></div>
<p style="text-align: justify;">Dans les pubs, à Paris (et peut-être même ailleurs), en règle générale, il ne se passe que des choses parfaitement banales. Des gens qui boivent, qu&#8217;ils soient jeunes (mais pas mineurs, eux préfèrent sévir dans les supérettes), vieux, moches, pressés, tout le monde a une bonne raison de venir consommer, en fait. Chacun y vient pour des raisons différentes, l&#8217;ambiance chaleureuse, les serveuses, les matchs de Foot le dimanche soir, les batailles de chaises le samedi et aussi pour écouter un bon groupe de musique que l&#8217;on remercie en remplissant le chapeau. Souvent en groupe, rien n&#8217;empêche d&#8217;y entrer seul puisque le but est le même : se noyer sous cinq litres de bières (ou diverses boissons plus ou moins alcoolisées). Une seule chose est sure, même s&#8217;il reste encore à définir pourquoi, une fois passées les portes de l&#8217;établissement, une douce sensation de sécurité nous envahit (à moins d&#8217;être une jeune femme fraîchement vêtue, auquel cas il faut songer à se faire accompagner d&#8217;un gros bras). Mais il y a de rares cas où cette atmosphère particulière vole en éclat pour laisser place à un fugace mais intense moment d&#8217;excitation. C&#8217;est ce qui arriva un soir, dans un pub canadien (mais toujours à Paris), lorsqu&#8217;un homme fit son entrée. Bien que le bruit des conversations fût assourdissant à ce moment-là et que la personne en question se trouvait être un modèle de calme et de maîtrise de soi, le cliquetis de la lame de sa grosse hache contre sa jambe suffit à attirer et retenir l&#8217;attention de toute la salle (y compris le badaud dans les toilettes). Un moment de débats passionnés, d&#8217;activité chaotique et de nettoyage du comptoir se vit remplacé par un silence et un immobilisme parfait. Seuls les yeux (tous les yeux) de la vingtaine de personnes présentes tournèrent dans leur orbite pour se diriger vers le nouveau venu, puis patientèrent tranquillement dans l&#8217;attente d&#8217;une réaction. Un esprit non averti, à ce moment-là, aurait dit qu&#8217;une bonne moitié de la salle avait peur. En fait il n&#8217;en était rien. C&#8217;était bien des éclairs de réjouissance qui claquaient dans l&#8217;air comme de petits insectes de nuit rencontrant enfin une source de lumière irrésistible. Certes, il n&#8217;était pas exclu qu&#8217;une ou deux personnes, en reconnaissant le visiteur, se soient mises à trembler légèrement. Mais dans l&#8217;ensemble, plus rien n&#8217;était pareil depuis que la Loi sur les Duels et les Armes Blanches (LDAB) était entrée en vigueur, deux ans auparavant.</p>
<p style="text-align: justify;">En ces temps troublés, la LDAB n&#8217;était pas très impressionnante en soi. Après tout, la France entière s&#8217;y attendait un peu. Elle l&#8217;avait même voulue. Des réseaux de contrebandes quasiment publics s&#8217;étaient organisés pour la revente de ces armes de nouvelle génération. Aucune rixe n&#8217;avait lieu sans un bon Sabre Steelseries F22 (r) par exemple. Chaque foyer, s&#8217;il était assez prudent, possédait au moins trois canifs six centimètres standard. Et tous les garçons des cours de récréations discutaient fougueusement du tranchant exceptionnel de la Double Barnache à crans liftés. Non, vraiment, l&#8217;événement majeur avait surtout été que le vote de cette loi soit possible. La présence d&#8217;un gouvernement qui acceptait enfin d&#8217;écouter le peuple ou de prendre des décisions extrêmes pour son bien.  Et pour en arriver là il avait fallu un putsch, quelques accidents mortels (mais malheureux) et quatre ans de reconstruction gouvernementale afin de mettre au point la Nouvelle Anarchie Française. De quoi prouver au monde entier que, si les français étaient chauvins et se plaignaient tout le temps, ils étaient aussi les maîtres incontestés dans l&#8217;art de la révolution. Juste avant cela, personne n&#8217;avait vraiment cru que la situation s&#8217;arrangerait. La vie ne faisait qu&#8217;empirer de jour en jour. Avec toujours plus de taxes et toujours moins d&#8217;argent les gens étaient constamment sur les nerfs. Sans parler des fondations même du système qui ne cessaient de s&#8217;effriter sans que personne ne songe qu&#8217;il valait mieux tout casser plutôt que de rafistoler au profit des plus puissants. L&#8217;efficacité de l&#8217;éducation s&#8217;amenuisait inlassablement et avec elle, la chance de revoir un monde sans trop de disparités sociales. Alors il arriva ce que n&#8217;importe qui aurait pu prévoir: les plans soigneusement mis au point pour enrichir ceux qui en avaient déjà les moyens échouèrent, entraînant une perte de contrôle totale sur l&#8217;économie. Sans les trois géants anarchistes (ils se faisaient appeler comme ça car ils étaient vraiment très grands), la France se serait probablement retrouvée engloutie dans le chaos et la violence.</p>
<p style="text-align: justify;">Toujours est-il que cette loi comportait des règles qui avaient mécaniquement amené les solutions à un renouveau de la société. Expliquées plus en détails dans le Manuel des Duellistes, ces règles disaient simplement que pour pouvoir se battre, il fallait d&#8217;abord se défier. Cela s&#8217;accompagnait évidement d&#8217;un certain nombre de paperasses ennuyeuses mais s&#8217;il existait des statistiques, on se serait aperçu que le monde était devenu plus serein et plus sûr. C&#8217;était désormais devenu un acte très brave, voire honorable, de donner la mort. Ce qui excluait naturellement les petits trouillards qui s&#8217;étaient habitués à manier du Uzi sans réfléchir. Si un gars voulait en découdre, il devait en passer par-là, comme tout le monde. Par conséquent, pour peu qu&#8217;on soit une fine lame, on n&#8217;avait plus grand chose à craindre. Mais c&#8217;est là que le génie intervient. Le marché légal des armes blanches avait largement explosé, résolvant du même coup les problèmes du marché de l&#8217;emploi. Les métiers manuels, tels que forgeron (que beaucoup de monde devait réapprendre) avaient relancé une partie de l&#8217;éducation et remis au goût du jour cette bonne habitude qui était de savoir lire. Le travail à la chaîne n&#8217;était pas en reste, vivant même en parallèle de la recherche et développement. De nouvelles coutumes étaient nées, de nouveaux gourous avaient fait leur apparition sur Internet puis un concept unique avait vu le jour et était entré dans les moeurs: le respect. C&#8217;était exactement ce qu&#8217;inspirait l&#8217;inconnu dans notre bar canadien. Du respect. Et de l&#8217;amusement aussi. Etre humain ne s&#8217;oubliait pas en une génération après tout, s&#8217;il pouvait y avoir une bonne castagne, le premier réflexe d&#8217;un pilier de bar était d&#8217;aller préparer du pop-corn. Et c&#8217;était dans ces conditions que notre homme se présenta au barman pour commander une tournée. La fête allait bientôt commencer, mais personne ne savait encore qui allait en être le grand gagnant.</p>
<p style="text-align: justify;">Sans un mot, l&#8217;homme à la hache s&#8217;installa seul à une table, dans un coin sombre de l&#8217;échoppe comme pour rajouter à son côté barbare, ce dont il n&#8217;avait absolument pas besoin. Il passa la sangle de son impressionnante arme par-dessus lui et posa l&#8217;instrument sur le siège à côté de lui. Quelques soupirs d&#8217;admiration se firent entendre ici et là dans la salle, venant probablement de grands amateurs qui auraient reconnu le modèle : une Selerion 7 customisée. Une chose était sure maintenant, le nouveau venu n&#8217;était pas un petit rigolo. Il avait rajouté des petits clous épais sur le côté, amélioré la prise en main avec du cuir et incrusté quelques pierres précieuses. Pour finir, il n&#8217;avait pas l&#8217;air d&#8217;être incommodé le moins du monde par le poids de l&#8217;engin, alors que son seul défaut était justement d&#8217;être très lourd et difficilement maniable. Repoussant sa bière sur le côté, Monsieur J&#8217;me-La-Joue sortit une liasse de papiers avec visiblement l&#8217;intention de remplir les documents légaux avant de commencer le duel, comme le font les habitués&#8230; ceux qui savent comment va se finir la partie. S&#8217;ensuivit une longue période de silence, sans que qui que ce soit n&#8217;ose ouvrir la bouche.</p>
<p style="text-align: justify;">L&#8217;inconnu se leva enfin, sans doute alerté par le bruit d&#8217;un grain de maïs qui explose dans une cocotte minute. Il se dirigea calmement vers une grande table, de l&#8217;air de celui qui va accomplir sa besogne ; mille ans plus tôt, il aurait fait un excellent bourreau. Puis le moment tant attendu arriva, il retira son gant et le jeta violemment au visage de la personne qui se trouvait devant lui. Puis calmement, il déposa le formulaire sur la table, dans l&#8217;attente d&#8217;une petite signature. Le reste du bar put respirer et se mettre à l&#8217;aise. Cela produisit d&#8217;ailleurs un boucan d&#8217;enfer.</p>
<p style="text-align: justify;">Les deux duellistes se faisaient maintenant face. Le plus petit portait une épée, de bonne facture certes, mais jamais elle ne résisterait à un coup de la hache. Personne ne savait qui ils étaient. Cela pouvait être un règlement de compte, une affaire au hasard ou bien un contrat. L&#8217;inconnu était peut-être un père de famille vengeur et le petit un juge corrompu, voire l&#8217;inverse. Depuis quelques années, tous les cas de figure y étaient passés. Au milieu de l&#8217;établissement, avec à peine de quoi bouger, le combat commença. D&#8217;abord immobiles, les assaillants se jaugeaient, ou plutôt, l&#8217;épéiste jaugeait ses chances de ne pas mourir. Son adversaire n&#8217;éprouvait aucun doute sur sa victoire. Il l&#8217;observa plus en détail : habillé avec classe, rasé de prêt bien que mal coiffé ; sa tête ne lui disait rien du tout. Il allait se faire hacher menu par un garçon qu&#8217;il n&#8217;avait jamais vu de sa vie. Et c&#8217;est ce qui arriva. Fatigué de jouer et de piétiner, le grand en eu marre et lança sa Selerion en avant qui partit s&#8217;enficher dans le comptoir, emportant une tête surprise avec elle.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce fut tout. Le gagnant prit ses affaires, laissa un gros billet sur la table (&laquo;&nbsp;pour les dégâts&nbsp;&raquo;, c&#8217;était pratique courante quand on détruisait la propriété d&#8217;autrui) et sortit sans un regard en arrière. De nombreuses légendes sont nées de cet événement. Certaines personnes ont même crée une mode. Des réalisateurs ont racheté des droits (à qui?) pour faire un film et des produits dérivés. Le fabricant d&#8217;armes Selerion connut une hausse de son chiffre d&#8217;affaire sans précédent si bien qu&#8217;une rumeur se propageât comme quoi c&#8217;était un coup de publicité monté de toute pièce.</p>
<p style="text-align: justify;">Et pendant ce temps, l&#8217;Homme s&#8217;adapte, invente des règles pour ne pas les respecter et reproduit les mêmes erreurs, inlassablement.</p>
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		<title>Désillusion (ou illumination)</title>
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		<pubDate>Thu, 07 May 2009 21:38:48 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Aurélien Thieriot</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Assassinat]]></category>
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		<description><![CDATA[at the feist concert Originally uploaded by wikstenmade Cela n&#8217;avait pas été très difficile pour Bernard d&#8217;entrer avec son arme. La tête haute, le dos droit et un début de regard menaçant suffisaient à vous faire respecter de n&#8217;importe quel garde dans n&#8217;importe quel établissement. De plus, la sécurité ne valait pas celle de son [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div style="float: right; margin-left: 10px; margin-bottom: 10px; text-align: justify;"><a title="photo sharing" href="http://www.flickr.com/photos/95874074@N00/2668969224/"><img style="border: solid 2px #000000;" src="http://farm4.static.flickr.com/3123/2668969224_79691b8bcb_m.jpg" alt="" /></a><span style="font-size: 0.9em; margin-top: 0px;"><br />
<a href="http://www.flickr.com/photos/95874074@N00/2668969224/">at the feist concert</a><br />
Originally uploaded by <a href="http://www.flickr.com/people/95874074@N00/">wikstenmade</a><br />
</span></div>
<p style="text-align: justify;">Cela n&#8217;avait pas été très difficile pour Bernard d&#8217;entrer avec son arme. La tête haute, le dos droit et un début de regard menaçant suffisaient à vous faire respecter de n&#8217;importe quel garde dans n&#8217;importe quel établissement. De plus, la sécurité ne valait pas celle de son époque, la fouille au corps était inévitable il y a quarante ans.<br />
Néanmoins, Bernard n&#8217;était pas sûr de regretter cette époque lointaine, même si les manières et le respect étaient beaucoup plus courants. Lorsqu&#8217;il était jeune, jamais il n&#8217;aurait fréquenté des endroits de brigants comme cette salle de concert, à fumer, crier et se bousculer sans faire attention à son voisin. Et à coup sûr ses nobles parents l&#8217;auraient sévèrement puni. Mais malgré tout, c&#8217;est aujourd&#8217;hui et pas dans le passé que vivait Sarah. La Grande Sarah et sa voix divine.</p>
<p style="text-align: justify;">Encore un coup de coude. Bernard perdit rapidement patience et, bien que cela valait mieux que le dégoût, il en conçu un certain malaise. Il lui fallait reconnaître qu&#8217;il se sentait de trop parmi cette jeunesse décadente. Sa façon de s&#8217;habiller en premier lieu était parfaitement inadaptée: une veste en tweed fraîchement repassée, un pantalon assorti et une écharpe en coton n&#8217;étaient plus vraiment de mode. Le monocle qu&#8217;il portait en permanence lui valu quelques moqueries également. Mais il était un gentleman et cela ne changeait en rien ses ambitions, bien au contraire, ce public écoeurant n&#8217;était pas digne de la grande Sarah. Alors ce soir elle mourrait. Cette chanteuse unique succomberait pour que cesse la souillure de leur incompréhension. Et seul son véritable admirateur méritait de la sauver. Cette idée rendit son sourire à Bernard qui nageait doucement vers le centre de cette foule ignare.</p>
<p style="text-align: justify;">Cela faisait cinq ans qu&#8217;il écoutait la musique de la Grande Sarah. Il avait tout d&#8217;abord été charmé par son sourire lorsqu&#8217;il l&#8217;avait découverte, lors d&#8217;un dîner dans un café-théâtre Londonien, mais c&#8217;est sa voix qui l&#8217;avait finalement achevé. Elle faisait alors les premières parties d&#8217;autres groupes plus connus, ou diverses apparitions dans des pubs. Plutôt petite, souvent habillée style années soixante et toujours coiffée d&#8217;un chapeau qu&#8217;elle avait le bon goût de changer à chaque fois qu&#8217;elle se produisait quelque part, elle avait forgé son nom par la force de sa douceur. Dans ses souvenirs, la Grande Sarah avait commencé par une légère ballade au piano. Presque invisible au début, elle s&#8217;était imposée aux oreilles de Bernard en l&#8217;accompagnant dans la dégustation d&#8217;une soupe de morilles fraîches. Le plat principal, plus épicé, fût agrémenté d&#8217;un morceau de Jazz assez dynamique. Puis enfin, l&#8217;esprit confus de ce mélange de sensations, il ne pris qu&#8217;une coupe de fraises des bois, sans glace. Il ne pût dire un mot de toute la soirée, même longtemps après qu&#8217;elle se soit retirée de la scène. Cette expérience l&#8217;avait complètement retourné. Ce n&#8217;était pas tant la qualité de l&#8217;interprétation, qui ne souffrait d&#8217;aucun défaut, que la délicatesse avec laquelle la Grande Sarah avait pénétré son esprit pour lui faire vivre le rêve éveillé parfait.</p>
<p style="text-align: justify;">Depuis ce soir là, Bernard n&#8217;avait plus écouté aucune autre musique. Il s&#8217;était procuré tous les titres de la chanteuse, les plus connus comme les autres, même si malheureusement, ses passages &laquo;&nbsp;live&nbsp;&raquo; ou acoustiques étaient très rares et avaient lieu la plupart du temps dans des endroits inaccessibles. Etrangement, Bernard n&#8217;en éprouvait aucune frustration, il vivait chaque minute avec une des créations de Sarah dans la tête et lui en était déjà bien assez reconnaissant pour cela ; la revoir en chair et en os ne ferait aucune différence. Elle mettait de la gaieté dans les tâches répétitives, de la passion dans l&#8217;ennui et de la douceur, toujours toujours de la douceur. Comme une caresse perpétuelle qui ne serait dédiée qu&#8217;à lui.  Mais c&#8217;est en navigant sur un forum de fans que le pire naquit en lui. Il était, comme souvent, à la recherche d&#8217;une pièce unique dans la discographie de sa muse, et il dut, pour la première fois, converser avec d&#8217;autres amateurs.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce qu&#8217;il apprit ne l&#8217;enchantait pas et c&#8217;était peu dire. Aux yeux des autres, elle était un fantasme, un monstre d&#8217;épouvante. Jamais le gentleman n&#8217;avait osé un seul instant imaginer la Grande Sarah comme elle était décrite dans les forums. Ce qu&#8217;ils aimaient en elle était au strict opposé de l&#8217;adoration qu&#8217;il lui portait. Sa force, la brutalité de ses paroles, son amateurisme lorsqu&#8217;elle utilisait une guitare étaient autant de raisons qui la rendait géniale pour eux. Dans un premier temps, il prit la peine de donner son avis, signifiant bien qu&#8217;il ne pouvait certainement pas s&#8217;agir de la même personne. Mais c&#8217;était inutile, ces fous, cette bande de misérables ne voulait rien savoir ni comprendre. S&#8217;opposer furieusement ne servirait à rien non plus. Non, la Grande Sarah méritait un plan plus majestueux. Une fin plus majestueuse.</p>
<p style="text-align: justify;">Bernard se fit patient, de longs mois s&#8217;écoulèrent pendant lesquels il mit au point sa solution au problème. Au son de ses morceaux favoris, l&#8217;avènement de la chanteuse germa avec de plus en plus de précision dans sa tête, puis sur le papier. Le seul événement majeur dans cette attente fût l&#8217;achat d&#8217;une arme à feu qui balaya ses doutes, si le doute était encore permis, sur le fait qu&#8217;il était sur le point de se sacrifier à la cause. Sacrifice, en bon gentleman, qu&#8217;il accepta avec plaisir si c&#8217;était au nom de la plus grande Diva de tous les temps. Et Bernard se retrouva ainsi à Paris, dernier concert en date, et peut être même dernier concert tout court, de la Grande Sarah.</p>
<p style="text-align: justify;">Appuyé sur sa canne, un pistolet scotché dans le dos, Bernard avait bien conscience que tout ne se passerait pas comme prévu. Il avait vécu suffisamment longtemps pour savoir que ce n&#8217;était jamais le cas, mais en revanche, il ne savait pas trop d&#8217;où la surprise allait tomber. Bien que pressé comme un citron, le coeur au bord des lèvres de dégoût, il n&#8217;avait pas peur des jeunes abominations qui grouillaient autour de lui, ce qui ne fit d&#8217;ailleurs qu&#8217;augmenter son angoisse de cette épée de Damoclès encore inconnue. C&#8217;est alors que la Grande Sarah entra sur scène. Un peu sans prévenir, bien qu&#8217;elle paraissait avoir toujours été là. Les plus grands connaisseurs, ceux qui allaient à tous les concerts possibles, disaient que son entrée était toujours différente mais à chaque fois surprenante.</p>
<p style="text-align: justify;">Bernard, pour sa part, en fût plus que surpris, mais ce fut comme une traîtrise. Il comprit ce qui lui avait échappé. Une chose qu&#8217;il n&#8217;aurait jamais pu prévoir, ni lui ni les autres, tout compte fait. L&#8217;inconstance de la Grande Sarah était sans limite. Elle débuta une première chanson, inédite et sans un de ses chapeaux exquis. Elle était vêtue d&#8217;un costume de marin, taillé pour un homme mais retravaillé pour laisser entrevoir son ventre. Sur son nombril, un piercing représentant un petit Bouda battait la mesure au rythme des ondulations de la chanteuse. D&#8217;autres piercing étaient d&#8217;ailleurs visibles, sur son nez, sa lèvre supérieure, à l&#8217;arcade sourcilière et, coup de grâce pour Bernard, la langue. Il n&#8217;arrivait pas à croire que cette femme, en train de danser comme une catin soit celle qu&#8217;il avait imaginée si différente et pendant si longtemps.</p>
<p style="text-align: justify;">A partir de ce moment, le gentleman devint fou. Car une autre traîtrise faisait surface, il était en train de l&#8217;aimer comme elle était devant lui. Il était devenu un de ses mioches sans cervelle, gesticulant sur scène, la bave aux lèvres avec une seule idée en tête, la déshabiller. Il n&#8217;arrivait pas à se concentrer vraiment, désorienté, malmené par la marée humaine autour de lui, et secoué par l&#8217;incompréhension de ses propres sentiments, il chercha du courage dans les yeux de Sarah. Peut-être était-il encore temps, peut-être se trompait-il sur toute la ligne. Mais il sut que non. Sous les doigts de la musicienne il n&#8217;y avait pas de piano, pas de saxophone, seulement une basse crachant avec violence un rythme trop rapide, trop impur.</p>
<p style="text-align: justify;">C&#8217;en était fini, il était venu pour la délivrer de ses chaînes, mais c&#8217;était elle qui se séparait de lui. Un peu comme si elle savait, depuis le début, qu&#8217;il allait devenir un assassin. Bernard tenta de se couper du monde extérieur, il passa rapidement une main dans son dos et décrocha le pistolet qui y était collé puis, sans vraiment réfléchir, tira dans la masse. Une fois, deux fois, faisant mouche à tous les coups. Telle une machine, il se mit à compter les balles ; il possédait un six coups. Il tira une troisième fois et recouvra un peu de ses esprits, assez en tout cas pour s&#8217;apercevoir que sa démonstration de force n&#8217;avait rien changé à l&#8217;humeur de la salle. Trois adolescents agonisaient sur le sol, mais personne ne semblait s&#8217;en préoccuper, tout le monde dansait.</p>
<p style="text-align: justify;">Les pensées de Bernard n&#8217;étaient plus qu&#8217;un tas de boue, ses larmes charriaient avidement les souvenirs de cinq ans de vie parfaite avec la Grande Sarah. Plus ses souvenirs le quittaient, plus son calme revenait. Il savait ce qui allait se passer ensuite, son sacrifice ne serait pas vain en fin de compte, mais il aurait un caractère plus personnel cette fois-ci, voire même parfaitement égoïste.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais au fond, ne l&#8217;avait-t-il pas toujours été ? Il réprima sa colère. Ne l&#8217;avait-t-il pas toujours été ? Depuis le début, Bernard n&#8217;avait peut-être eu que cette simple idée en tête. Une sorte d&#8217;accumulation monstrueuse et calme qui ne devait trouver d&#8217;expression que ce soir. Alors il le cria au monde. &nbsp;&raquo;Si je ne peux pas l&#8217;avoir, personne ne l&#8217;aura&nbsp;&raquo;. Et il se dirigea vers Sarah, l&#8217;esprit clair, l&#8217;arme au poing, résolu à lui faire payer cinq ans de mensonges qu&#8217;il avait été le seul à ne pas comprendre.</p>
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		<title>Premier post</title>
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		<pubDate>Wed, 06 May 2009 15:13:30 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Aurélien Thieriot</dc:creator>
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